Petrossian, Lalique, Repetto: 3 stars du Patrimoine Vivant! C’était au Business Club
Au Business Club de France – Uniquement sur BFM Radio!
→ Diffusion : samedi 17/09/2016 à 7h | dimanche 18/09/2016 à 15h
TALK 1 & 2 & 3: Dossier spécial ENTREPRISES DU PATRIMOINE VIVANT
A l’occasion des Journées du Patrimoine (17 & 18 septembre)
TALK 4: Le rendez-vous du Médiateur des Entreprises, avec Pierre Pelouzet
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TALK 1/2/3 : DOSSIER SPÉCIAL Entreprises du Patrimoine Vivant
Pour écouter, réécouter, télécharger cette interview:
NOS INVITÉS:
- Jean-Marc Gaucher, PDG de REPETTO
- Armen Petrossian, PDG de PETROSSIAN
- Roger von der Weid, DG délégué de LALIQUE
Le label EPV fête ses 10 ans!
Le label d’Etat EPV distingue des entreprises françaises aux savoir-faire artisanaux et industriels d’excellence. Ces maisons se caractérisent par une histoire et un patrimoine parfois séculaires, des capacités d’innovation et des savoir-faire rares qui ont contribué à asseoir leur notoriété dans le tissu entrepreneurial français. Le label EPV est décerné par M. Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique et Mme Martine Pinville, secrétaire d’État chargée du commerce, de l’artisanat, de la consommation et de l’économie sociale et solidaire.
LES CHIFFRES CLÉS DU LABEL EPV
- Depuis son lancement en mai 2006, le label « Entreprise du Patrimoine Vivant» a déjà été attribué à environ 1300 entreprises françaises.
- 66 % ont moins de 20 salariés;
- 24,5 % ont été créées avant 1900, 21,2 % entre 1900 et 1950;
- 15 % seront confrontées à la question de leur transmission dans les cinq prochaines années.
- Les entreprises labellisées représentent actuellement près de 60 800 emplois et un chiffre d’affaires cumulé annuel de plus de 13,6 milliards d’euros.
L’ACTUALITÉ DU LABEL
Le label d’Etat EPV fête ses 10 ans (les premiers labellisés datent de 2006) cette année.
A cette occasion, 3 événements sont organisés :
- 7 tables d’exception pour la fête de la gastronomie du 19 au 24 septembre 2016 (dont une chez Petrossian avec notamment la maison Lalique)
- Les journées des savoir-faire d’excellence EPV les 14 et 15 octobre 2016 (portes ouvertes de toutes les EPV)
- 4e Rencontre parlementaire EPV le 23 novembre 2016.
LES AVANTAGES DU LABEL ?
Les EPV peuvent disposer d’un crédit d’impôt de 15 % des dépenses de création et d’un crédit d’impôt apprentissage de 2 200 euros par apprenti et par an. Le label leur permet également d’être présentes sur des salons emblématiques. Soutenues et accompagnées dans leur volonté d’exportation par Business France, elles disposent également d’appuis individualisés et collectifs en lien avec les organismes consulaires et professionnels, d’aides au financement notamment par la SIAGI et Bpifrance. Par ailleurs, le label fournit des outils de communication qui leur permettent de mettre en valeur leur différence auprès de leur clientèle et de leurs partenaires.
REPETTO, avec Jean-Marc Gaucher, PDG – EPV depuis 2007
L’HISTOIRE DE REPETTO
Rose Repetto crée en 1947, à la demande de son fils Roland Petit, alors jeune danseur, qui revient courbatu de ses cours, souvent épuisé et parfois même rougi de filets de sang au niveau de ses pieds, des chaussons plus adaptés. Bonne couturière, elle décide de concevoir un chausson qui permettrait une plus grande aisance dans la pratique de ce sport, grâce à sa technique du « cousu-retourné » (la semelle en cuir est cousue à l’envers avant d’être retournée). Elle délaisse alors son métier de bistrotière pour ouvrir un atelier près de l’Opéra de Paris, où elle crée ses premières pointes révolutionnaires.
Neuf ans plus tard, elle crée les ballerines « Cendrillon » qu’elle dédie à Brigitte Bardot, ancienne danseuse. Celles-ci sont immortalisées dans le film « Et Dieu créa la femme ».
En 1959, Rose Repetto ouvre sa première boutique au 22 rue de la Paix, à Paris. De nombreux danseurs viennent s’y fournir : Maurice Béjart, Rudolf Noureev, Mikhaïl Barychnikov, Carolyn Carlson, le Kirov, les Folies Bergère, etc.
Rose Repetto décide en 1967 d’implanter sa production à Saint-Médard-d’Excideuil en Dordogne où un de ses amis fabrique des pantoufles. Les pointes et ballerines y sont encore aujourd’hui fabriquées.
Dans les années 1970, Serge Gainsbourg devient ambassadeur de la marque en portant ses fameuses « zizi » blanches à lacets (créées à l’origine pour la danseuse Zizi Jeanmaire).
À la mort de sa fondatrice Rose Repetto en 1984, la marque, reprise par le groupe américain Esmark en 1987 puis la Caisse centrale des Banques populaires en 1988, se banalise puis se démode.
En 1999, Jean Marc Gaucher, ancien PDG de Reebok France, reprend les rênes de la société qui est en déclin. Il rachète la société et, malgré un dépôt de bilan en 2002, lui offre un nouvel essor en repositionnant la marque dans le luxe afin de vendre ses ballerines autour de 150 euros la paire en moyenne. Il fait de l’entreprise familiale une marque internationale, en créant des séries limitées et en signant notamment des partenariats avec diverses marques : Issey Miyake en 2000, Yohji Yamamoto en 2002, Comme des Garçons en 2004. En 2006, Repetto lance sa première campagne internationale de publicité.
LES CHIFFRES CLÉS DE REPETTO
- Activité: fabrication de chaussures de danse, vêtements, maroquinerie, parfum
- Date de création: 1947
- Lieu: Paris
- CA: environ 50 millions
- Effectif: 350
DANS LES ÉCHOS – 12 juillet 2016
Sauvée de la faillite par Jean-Marc Gaucher en 2002, l’icône des ballerines a trouvé son salut dans la mise en avant du « style français ». Reste à assurer sa pérennité.
C’est sa bible. Son petit livre rose. Comme Rose Repetto, qui confectionna ses premières pointes en 1947 pour son fils, le danseur Roland Petit. Ce « guide d’utilisation de la marque » dont Jean-Marc Gaucher a pesé chaque mot, est remis aux nouveaux salariés. Il explique par le menu que la mission de la maison est d’être « une marque mondiale empreinte de francité qui développe des produits exclusifs de l’univers du luxe ». La danse en est à la fois le « patrimoine, l’imaginaire de référence et l’inspiratrice de [ses] valeurs». « C’est ce que nous sommes et, si nous sortons de ce cadre, cela ne marchera pas », avertit, cette fois à voix haute, son patron et seul actionnaire.
Repetto, c’est son bébé. Il l’a sauvé en 2002 lorsque, complètement étouffée par sa dette, l’entreprise avait dû déposer le bilan. Il en a multiplié par dix les ventes en la transformant, par la magie de ses ballerines, en icône du style « français ». Il lui reste à en assurer la pérennité. « A soixante-trois ans, ce serait irresponsable de ne pas réfléchir à l’étape suivante », lance-t-il. L’avenir, il ne le voit plus désormais en solo mais au sein d’un groupe. « J’aimerais que ce soit une maison de luxe qui rachète Repetto », confie-t-il aux « Echos ». Une solution qu’il préfère à la vente à un fonds d’investissement – ils sont nombreux à lui tourner autour depuis la renaissance de la marque. Dans son grand bureau de l’avenue de Messine, tout en boiseries vert pâle et or, trois de ces ténors et les images de leurs produits signatures, figurent, bien en vue, sur un vaste panneau blanc : Chanel, Hermès, Louis Vuitton. « Face à une question ou à une difficulté, il m’arrive de demander ce qu’ils feraient. Et, parfois, cela me donne des réponses. »
Ne verrait-il pas ses enfants assurer le relais ? « Non ! » La réponse fuse, catégorique. Fils d’un ouvrier devenu taxi, Jean-Marc Gaucher n’a pas le culte de la transmission. « Les enfants ont mieux à faire que de revivre la vie de leurs parents », assure-t-il. L’aîné, Thomas, trente-deux ans, qui fait de la recherche anticancer en Australie, semble bel et bien perdu pour la cause. C’est moins clair pour les deux autres. Le benjamin, Clément, vingt-cinq ans, dans la production vidéo, vient justement de signer sur YouTube une pub Repetto qui affiche « déjà 484.000 vues », précise le père fièrement. Quant à Charlotte, trente ans, Gaucher reconnaît lui-même qu’elle pourrait bien s’avérer « le maillon faible » de son scénario. « Elle fait du marketing chez L’Oréal, pour la marque Yves Saint Laurent. Une belle aventure ! » Et une expérience utile pour Repetto, qui s’est diversifié dans les fragrances avec Interparfums.
Mais, dans tous les cas de figure, Jean-Marc Gaucher veut arrimer son entreprise à l’univers du luxe dit « accessible ». Un marché où les marques françaises qui ont réussi, les Maje, Sandro, Isabel Marant et autres – toutes rachetées par des fonds, d’ailleurs – font face à la concurrence des grands labels américains, Michael Kors, Tory Burch, ou Coach, dont les ventes se comptent en milliards. « De même qu’on serait morts si on était restés dans la ballerine, on ne peut pas rester éternellement une marque de chaussures. Devenir une marque globale donne de la visibilité et des moyens accrus », martèle-t-il.
La mutation s’impose d’autant plus que, après des années de croissance à deux chiffres et les 60 millions d’euros du chiffre d’affaires annoncé de l’exercice 2012, le patron de Repetto s’attend cette année à être plus proche de « 50 millions ». En France (encore 40 % de l’activité), la série noire des attentats, grèves et manifestations a bien sûr pesé sur la fréquentation touristique et, plus largement, sur celle des magasins. Sans compter la météo, peu propice aux chaussures légères. Et puis, reconnaît-il aussi, « on a mal négocié le début du phénomène sneaker ». Quel que soit le nom qu’on leur donne, tennis, running ou « slip on », la mode des chaussures de sport s’est imposée dans les rues et a profité à d’autres. Mais la vraie déception est venue du prêt-à-porter. Lancé fin 2012, il « plafonne toujours à 3 % des ventes », regrette le patron.
Avec l’obstination du coureur de cross qu’il a longtemps été, Gaucher a pris le taureau par les cornes et décidé d’élargir les collections de chaussures. Elles vont désormais du streetwear, espadrilles et sneakers (« on est bon, là ») aux « vrais escarpins. Pas juste des chaussures à talon inspirées de l’univers de la danse ». Il a fait venir aussi du sang nouveau. Arrivé en 2015, Yasu Michino, le nouveau directeur artistique des accessoires, « piqué » au maroquinier belge Delvaux, a conçu une ligne complète de petite maroquinerie et de sacs et cabas proposés en plusieurs formats. Objectif ? Pousser une activité qui représente déjà 10 % des ventes. Moins sensibles aux aléas de la mode et sans le casse-tête des tailles, ce sont eux qui font la rentabilité d’une marque. Surtout quand on monte en gamme. Ce qui est le cas puisque ceux de Repetto se situent aujourd’hui entre 500 et 800 euros. « Le milieu de gamme est mort », constate Jean-Marc Gaucher. Mais c’est dans la mode féminine que le changement est le plus radical. Fini les petits hauts près du corps et les jupes qui tournent, façon tutu. Avec la nouvelle directrice artistique Carolina af Rosenborg, une Danoise passée par Vivienne Westwood, la femme Repetto a droit à un vestiaire complet. La marque fait le grand écart entre la robe longue de sirène et les tenues de sport en tissu technique. Le fil n’est toutefois pas rompu avec la danse, en témoigne pour l’été 2017 l’association du noir au rose chair des chaussons.
Armen Petrossian, PDG de Petrossian – EPV depuis 2011

LES CHIFFRES CLÉS DE PETROSSIAN
- Activité: production de caviar
- Date de création: 1920
- Lieu: Paris
- CA: 40 millions dont 50% à l’export
- Effectif: environ 250
- Environ 15% du marché mondial
- 3 centres de production
- 12 boutiques
- 4 restaurants
- 100 points de vente dans le monde
- Le caviar = 45% des ventes de la maison
- Présence forte aux Etats-Unis depuis 1978
LE MARCHÉ DU CAVIAR EN FRANCE
Les Français consomment environ une dizaine de tonnes de caviar de toutes origines. Le marché du caviar en France est un des plus importants d’Europe, car le plus ancien en raison de l’ouverture du marché en 1920 par Petrossian.
Depuis 2008 on ne consomme plus que du caviar d’élevage, la récolte de caviar sauvage n’est plus autorisée, pas de quotas, ceci pour permettre la reconstitution des stocks particulièrement en mer Caspienne.
On vend en France du caviar de toutes origines et pas seulement du caviar produit en France. Il y a autant de caviar vendu importé d’Europe et autres pays que de caviar produit en France.
Il y a plus d’une centaine de fermes d’élevage dans le monde, produisant plus de 250 tonnes de caviar sur tous les continents, en Europe (principalement France, Italie, Allemagne), en Amérique (Etats-Unis, Canada, Amérique du sud), en Asie ( Chine, Vietnam, Corée), au Moyen Orient ( Dubaï, Arabie Saoudite, Israël), Europe du Nord ( Russie, Lituanie, Bulgarie, Pologne, Iran, Arménie).
Il y a six différentes espèces qui sont élevées dans le monde :
Le Beluga (Huso huso ou esturgeon géant), le Baeri, l’espèce la plus commune produite en France, mais aussi dans de nombreux autres pays. L’Osciètre ou Ossetra (Guldenstaedti), le Transmontanus (Italie, USA), les esturgeons du fleuve Amur (Dauricus, Schrencki, et hybrides des deux espèces), les hybrides de Baeri et Gueldenstaedti, le Sterlet ( Ruthenus).
La France est un gros producteur de caviar avec environ vingt tonnes par an après la Chine et l’Italie, la Russie.
En France, la production de caviar s’étale principalement d’octobre à février. Majoritairement en Aquitaine (90%) pour son climat doux et tempéré. Certains acteurs locaux (4) souhaitent obtenir une IGP (indication géographique protégée) labellisant leur caviar, mais cette IGP ne fait pas l’unanimité. Pour le moment il existe en production neuf exploitations de pisciculture en France : 6 en Aquitaine (90% de la production française), une à Cognac, une dans les Pyrénées et une en Sologne.
Le plus gros producteur d’un des produits les plus chers au monde, rien que ça. Petrossian, leader de la vente de caviar, a construit un empire sur ces petits grains noirs, symbole à la fois de la gastronomie et du luxe absolu. Un empire fondé à Paris au début du XXe siècle par deux frères tout juste arrivés d’Arménie.
L’HISTOIRE DE LA MAISON PETROSSIAN
C’est un peu avant les années 20 que Mouchegh et Melkoum Petrossian, fils d’un négociant en soie, débarquent à Paris, chassés par le génocide arménien.
Le caviar n’existe pas sur le marché français. Ils connaissaient bien ce produit emblématique de la Russie Tzariste où ils ont fait leurs études. Ils ont l’idée d’implanter le caviar en France. Ils créent leur marque, qui porte leur nom et un logo, qui reste inchangé jusqu’à maintenant. L’arrivée des Russes Blancs entre 1919 et 1923 va créer une mode russe qui va les aider à promouvoir le caviar et implanter leur marque et leur savoir-faire de sélection et d’affinage.
Les esturgeons dont les œufs donnent le caviar vivent surtout en Mer Caspienne, entre l’Iran et la Russie, et le nouveau régime soviétique a nationalisé les pêcheries et contrôle désormais les exportations. Qu’à cela ne tienne, les deux frères ont des arguments convaincants. Selon l’histoire familiale, ils se présentent au consulat d’Union Soviétique pour négocier l’importation de caviar. Ils y apportent une valise pleine d’argent en paiement d’une première livraison. En manque de liquidité, le pays accepte de leur ouvrir son marché et, en 1919, la première livraison arrive à Paris.
Les Soviétiques convaincus, restent les Français. Les frères Petrossian commencent par persuader César Ritz, fondateur des célèbres palaces, de mettre ce mets exotique à sa carte. En 1920, ils ouvrent dans le 7e arrondissement leur première boutique, qui reste aujourd’hui le magasin emblématique de la marque.
Précurseurs, les frères Petrossian passent vite maîtres en matière de marketing. Ils s’inscrivent à tous les salons, tous les concours, organisent régulièrement des séances de dégustation afin que nul ne puisse ignorer la nouvelle mode du caviar.
Dans la boutique, les deux frères affinent les œufs d’esturgeons selon une recette toujours gardée secrète. En tant que pionnière, la famille bénéficie de relations privilégiées avec ses fournisseurs et l’état soviétique, un pays où s’implanter est un vrai défi pour la concurrence.
Si bien que dès 1930, Petrossian est déjà une référence. Cette année-là Mouchegh épouse Irène Maïloff. Une famille arménienne de Bakou qui fut l’une des premières à obtenir du Tzar les droits de pêche des esturgeons sur la Caspienne au XIXe siècle. Dans la décennie qui va suivre, Petrossian commence à se diversifier. L’entreprise ouvre une fumerie de saumon dans le Nord de Paris en 1935, (déplacée en 2000 à Angers) et commence à proposer du crabe russe dans sa boutique, et à le distribuer aux grossistes.
La Seconde guerre mondiale vient mettre un frein à son activité, coupant l’entreprise de son approvisionnement. Durant ces années, le temple du luxe se transforme en une épicerie bien commune. Légumes et spiritueux remplacent le caviar et le saumon.
A l’image de son logo –un navire essuyant une tempête avec le soleil brillant à l’arrière-plan–, Petrossian retrouve vite son prestige d’entre-deux-guerres. L’entreprise ajoute à son choix de produits du jambon et du fromage des pays d’Europe centrale, du vin et bien sûr de la vodka pour accompagner le caviar. Elle obtient des Soviétiques l’exclusivité de la distribution dans certains pays d’Europe en particulier en France et aux Etats-Unis. Les Soviétiques exploitant l’ensemble du caviar sur la mer Caspienne, cèdent contre 30% de la production de caviar les installations situées en Iran, au moment du coup d’Etat de 1953. De cette date aux années 1990 seuls ces deux pays exploitent en commun la Caspienne.
Sous la direction des deux frères Petrossian et jusqu’à leur disparition, le succès ne se dément pas. Melkoum décède en 1972, Mouchegh en 1981. Les parts de la société sont transmises à leurs enfants. Les cousins Petrossian exercent ensemble la gestion de l’entreprise familiale jusqu’en 1991. Cette année-là, Armen Petrossian, fils de Mouchegh, prend les commandes.
Une nouvelle ère du caviar
Un nouveau défi l’attend, car le contexte géopolitique va à nouveau bouleverser le système d’approvisionnement. L’URSS, qui contrôlait d’une main de fer la pêche à l’esturgeon dans la Mer Caspienne, s’effondre. En l’absence d’administration, les braconniers de tous bords se ruent sur cette manne, réduisant presque à néant le nombre de poissons. Les pays riverains de la Caspienne prennent leur indépendance et c’est avec cinq pays qu’il faut désormais traiter.
Sentant venir le contrecoup, Armen Petrossian se lance le premier dans la commercialisation du caviar provenant de l’élevage d’esturgeons. L’avenir lui donnera raison puisqu’à partir de 1998, l’esturgeon est protégé par le CITES et leur pêche est progressivement interdite. L’élevage devient la seule solution pour la production mondiale de caviar.
L’entreprise française reste leader avec environ 15% du marché mondial, et elle a su reconstruire son savoir-faire d’affinage sur la base de l’élevage. Elle maîtrise tous les aspects de la production et de la sélection dans les fermes du monde entier.
Armen Petrossian a largement diversifié sa gamme dans l’épicerie fine, du foie gras au chocolat en passant par les blinis. Mais la maison Petrossian ne compte pas renoncer à son produit phare et joue sur la qualité de son savoir-faire.
Pour preuve, fin 2013, Petrossian lance une boîte de caviar de 10 kilogrammes, la plus grosse jamais vue. Sobrement baptisée « Terrible Ivan », son prix est gardé secret mais à près de 10 euros le gramme de caviar beluga –un des plus chers– cette boîte, réalisée sur demande, atteindrait les 100.000 euros. Le marketing reste également l’un des points forts de la marque, qui multiplie toujours les partenariats.
Malgré un chiffre d’affaires avoisinant les 40 millions d’euros, la marque doit compter avec une nouvelle concurrence low cost. A cela, Armen Petrossian répondait dans Challenges: « Aucun risque, ce sera toujours un produit élitiste et rare ». D’ailleurs, comme le disait Groucho Marx, « les gens ne mangeraient pas de caviar s’il était bon marché »…
.LE CAVIAR : 8 INFOS SURPRENANTES (source: LSA)
1. Le caviar, ça vient d’où ?
Le caviar provient d’un poisson, l’esturgeon, qui est abattu et éventré pour en retirer ses œufs. Le poids de cet or noir extrait représente environ 10 % à 15 % du poids total de l’animal.
La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites) a protégé l’esturgeon en 1997, et aucune vente sans quotas depuis cette date.
Inutile de rêver d’esturgeons pêchés en mer Caspienne, le caviar sauvage est interdit à la vente depuis 2008 par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites). Aucun quota d’export n’est concédé. La raison : les problèmes de surpêche et de pollution des eaux ont décimé la production d’esturgeons, qui provenaient avant de la mer Capsienne à près de 90 %. En mars 2011, un moratoire de cinq ans pour le maintien de cette interdiction a été acté par la Cites.
2. Pourquoi le caviar est-il si cher ?
Le temps, c’est de l’argent. Ce diction se vérifie aussi dans le caviar. Pour récolter les œufs de l’esturgeon, il faut en effet s’armer de patience. Au bout de trois ans en moyenne, on peut savoir si l’esturgeon est un mâle ou une femelle. Les premiers serviront à proposer des produits fumés ou à base de chair d’esturgeons, beaucoup moins bien valorisé que le caviar. Seules les femelles peuvent en effet donner des œufs. En fonction des espèces et du cahier des charges établi par les marques, il faut compter de 7 ans à plus de 20 ans selon les espèces pour obtenir le caviar. La femelle ne peut pondre qu’une fois. Pour s’assurer de la maturité des œufs, une échographie ou biopsie est réalisée en moyenne chaque année.
Ajoutez à ces coûts de production onéreux le travail du caviar, qui se fait entièrement manuellement, de l’extraction des œufs, en passant par le salage et la mise en boite et surtout l’affinage, qui est la part la plus importante de l’élaboration du caviar.
3. Le beluga, c’est quoi ?
Il existe différents types d’esturgeons, dont le plus communément produit est le baeri. La France, et plus particulièrement l’Aquitaine, s’est spécialisée dans cette production. A l’autre bout de l’éventail, en passant par osciètre et l’acipenser schrenckii, se trouve le beluga, le caviar le plus cher au monde. La raison ? Il faut en moyenne plus de vingt ans pour pouvoir extraire les œufs, et il en existe officiellement très peu sur le marché mondial.. A peine 300 kilos de beluga circulent chaque année !
4. Qui sont les pays champions du caviar ?
Les champions de la production de caviar sont l’Italie (25 tonnes par an environ), la France (20 tonnes), les Etats-Unis et la Chine (75 tonnes), la Russie (40 tonnes).
5. Qui est le plus gros producteur dans le monde?
Vous pensez sans doute à Petrossian… Erreur ! La notoriété de cette famille est immense car elle est présente en France depuis les années 1920, mais le leader mondialmondial de la production d’esturgeons est un groupe Chinois avec plus de 45 tonnes par an.
6. Qui consomme le plus de caviar ?
Tradition oblige, les Russes sont les plus friands de caviar au monde. Le pays de la junk food apprécie aussi ce produit fin : les Etats-Unis sont ainsi le deuxième pays où l’on déguste le plus de caviar… Les Français ne rechignent pas non plus devant ce précieux mets : ils arrivent ainsi en troisième position de ce classement.
7. Le caviar a quel goût ?
On a longtemps décrié le gout de vase de ces poissons d’eau douce. Aujourd’hui, les experts qualité ont réussi à pallier ce problème. Le goût est peu iodé et marqué surtout par le sel, ajouté aux oeufs. C’est un produit que l’on peut affiner, au même titre que le fromage, son goût monte donc en puissance au fil du temps. Les spécialistes vous promettent alors des notes de noisette… Il est conseillé de le déguster avec une cuillère en nacre, matière qui n’altère pas le goût des aliments, contrairement au métal.
Roger von der Weid, directeur général délégué de Lalique – EPV depuis 2007
Depuis plus d’un siècle, Lalique aussi appelé « La Haute Couture du Cristal » est synonyme d’un savoir-faire inégalé.
Un cristal Made In France fabriqué à la manufacture en Alsace.
Les pièces de Haute Joaillerie sont fabriquées dans des ateliers parisiens.
Le style Lalique des pièces en cristal est reconnaissable à travers les contrastes entre le cristal clair et satiné.
La manufacture compte huit Meilleurs Ouvriers de France. Cette distinction reconnue dans le monde entier témoigne du talent que chaque artisan possède.
LES CHIFFRES CLÉS DE LALIQUE
- Activité: fabricant d’objets décoratifs, architecture d’intérieur, bijoux, parfums et pièces d’art
- Date de création: 1888 – repris en 2008 par Art & Fragrance (devenu Lalique Group depuis juillet 2016)
- Lieu: manufacture à Wingen sur Moder (Bas-Rhin)
- CA: 86,3 millions d’euros, en progression de 12% (La Maison Lalique représente 67% du CA de Lalique Group)
- Effectif: 430 personnes au total dans le monde.
- Présence dans 80 pays
- Plus de 500 points de vente dont 50 boutiques, shop-in-shops, showrooms
et outlets.
Lalique est récemment devenu Lalique Group: « Le changement de dénomination sociale permettra de mettre d’avantage l’accent sur la marque la plus importante du portefeuille et de mieux mettre à profit la plus grande notoriété de Lalique à l’échelle internationale, » explique l’entreprise dans un communiqué ».
LA STRATÉGIE GLOBALE
S’imposer comme une Maison d’art de vivre au style intemporel
CINQ PILIERS DANS LA GAMME DE PRODUITS
Les objets décoratifs, l’architecture d’intérieur, les bijoux, les parfums et l’art.
DIVERSIFICATION ET NOUVEL ESPRIT DE LA MAISON
De nouvelles créations associant émotion et fonctionnalité.
CO-BRANDING
Développer la visibilité de la Maison grâce à des collaborations exclusives.
MARCHÉS
Focus sur les nouveaux marchés comme la Chine, l’Asie du Sud-Est, la Russie, l’Ukraine et le Moyen- Orient.
RETAIL
Ouverture de boutiques et de showrooms Lalique dans des villes stratégiques.
L’HISTOIRE DE LALIQUE
René Lalique (né en 1860) a commencé sa carrière en 1885 en tant que créateur de bijoux, pour devenir, en quelques années l’un des joailliers les plus reconnus du style Art Nouveau. Il utilise les motifs classiques de l’Art nouveau (faune, flore, nature en général). À l’époque, l’utilisation de différentes matières (à la fois précieuses et semi-précieuses) était très innovante et sa recherche constante de nouvelles pistes de matériaux l’a conduit vers le verre, qui deviendra un élément majeur de ses créations autour de 1895.
C’est à cette époque que plusieurs musées européens ont commencé à recueillir son travail. Aujourd’hui, les œuvres de Lalique sont présentées dans des dizaines de musées à travers le monde.
Après la Première Guerre mondiale, le mouvement de l’Art Nouveau fut remplacé principalement par le style minimaliste et géométrique de l’Art déco. René Lalique a adopté ces nouveaux styles qui auront un succès immédiat. Il conçoit et produit la décoration du wagon-restaurant de l’Orient-Express et les fontaines de la célèbre avenue des Champs-Élysées, pour ne citer que deux exemples.
Ses innovations comportent les procédés de fabrication adoptés dans sa manufacture de Wingen-sur-Moder. Il dépose plusieurs brevets, notamment pour protéger sa célèbre « pâte » de contraste entre finitions satinées et repolies, à l’époque du verre. Aujourd’hui, on retrouve ce style caractéristique de pièces Lalique, qui présentent toutes des contrastes entre cristal poli qui offre l’aspect d’un cristal lisse et brillant et une finition satinée, soit mate.
Après le décès de René Lalique en 1945, son fils Marc reconstruit et modernise l’usine ravagée pendant la guerre. Avec lui commence l’ère du cristal chez Lalique : il remplace le verre par du cristal. Après la mort de Marc en 1977, sa fille Marie-Claude Lalique (née en 1935), troisième génération des artistes de la famille, deviendra la directrice de création de la Maison. Elle remplira ce rôle jusqu’en 1996. Marie-Claude a continué à travailler avec les contrastes et les chiffres en cristal clair et dépoli qui caractérisent les finitions des pièces Lalique. Elle actualisera aussi les modèles, notamment par la création d’une gamme de couleurs vives, qui fut typiques des premières œuvres de René Lalique.
En 1994, l’entreprise est vendue à la cristallerie française Pochet. Puis en 2008, l’entreprise est reprise par la société suisse Art & Fragrance SA qui étend ainsi son cœur de métier dans le parfum aux univers de la décoration, de l’architecture d’intérieur et des bijoux.
L’année 2008 marque une année-charnière dans l’histoire et l’avenir de Lalique. Avec un investissement initial de 15 millions d’euros, c’est une vraie mue de l’entreprise qui commence. La première étape de métamorphose structurelle touche d’abord la production : avec la construction d’un nouveau centre logistique à Wingen-sur-Moder, l’investissement dans un nouveau four à bassin dernière génération et la création d’un grand atelier de cire perdue, c’est un nouveau souffle qui est donné à Lalique. Le réseau de distribution a également été repensé.
C’est d’ailleurs au travers de collaborations de renom que la Maison s’oriente depuis quelques années, comme avec Elton John, Jean Michel Jarre, Caran d’Ache, ou encore Bentley, Steinway & Sons ainsi que la manufacture de montres Parmigiani Fleurier.
Ouvert en septembre 2015, l’hôtel de luxe «Villa René Lalique», établi dans la maison de l’artiste René Lalique construite en 1920 à Wingen-sur-Moder, en Alsace, a éveillé un vif intérêt auprès du public et des hôtes. Le restaurant appartenant à l’hôtel, placé sous la direction du grand chef Jean-Georges Klein, s’est vu décerner deux étoiles au guide Michelin en février 2016, juste quelques mois après son ouverture. Depuis février 2016 également, l’hôtel et le restaurant «Villa René Lalique» font partie de la célèbre association «Relais & Châteaux».